La vie militaire est omniprésente sous les cinq régimes que la Comtesse a connus : Restauration jusqu'en 1830, Monarchie de juillet jusqu'en 1848, Seconde République jusqu'en 1851, Second Empire juqu'en 1870 et enfin Troisième République jusqu'à sa mort en 1874. Des garnisons partout et des militaires en uniformes, souvent pittoresques, donnent une note vive et colorée à la moindre des villes françaises.
Que donne-t-on en cadeau aux petits garçons ? " Une panoplie complète de zouave " (tandis que les petites filles ont "une poupée et son trousseau " et que la bonne des enfants reçoit "un châle et de l'étoffe pour se faire une robe " (Diloy). Chacun est servi selon sa condition, mais personne n'est oublié : c'est là tout l'univers de la Comtesse de Ségur..
Le Général
d'Alban - en grand uniforme - "corrige" Clodoald
(Illustration de Horace Castelli pour Diloy le Chemineau, Librairie
Hachette, Bibliothèque Rose)
Albert, Comte d'Alban (Diloy le
Chemineau)
Général, 40 ans environ, 25 ans d'armée et
autant de campagnes - il a donc commencé bien jeune!.. C'est
Diloy qui l'a sauvé alors que colonel au 40° de ligne il
était attaqué par trois arabes - retrouvant Diloy il le
tutoie marquant ainsi la différence puisque Diloy lui donne du
"monsieur le Comte ". Autoritaire,il vient mettre de l'ordre chez sa
soeur Hélène, en réformant sa nièce
Félicie et en chassant les faux Castelsot, de leur vrai nom
Futé, héritiers d'une lignée de domestiques
malhonnètes qui ont ruiné leur ancien maître, le
Duc de la Follote (quel nom!). Bien que sa soeur lui demande de
rester courtois, il les chasse à sa façon: "Vas-tu
déguerpir mauvais garnement!"
La réponse du général vis à vis de la
réaction de Félicie, ravie de voir ses a,ciens amis
démasués est typiquement ségurienne et montre
que la Comtesse ne méprise personne sauf les voleurs, les faux
nobles, les parvenus et fiers de l'être: "Les Futé
honnêtes eusent été très agréables
à voir...N'oublie pas, félicie, qu'un ouvrier
honnête est plus estimable qu'un prince sans foi et sans
moralité".
Comme Dourakine il est généreux, fait des cadeaux
à ses neveux et nièces. Comme Dourakine il ne veut pas
se marier (Dourakine l'a été mais, dit-il "si j'avais
pu me démarier un an après j'aurais sauté
par-dessus mon clocher dans ma joie " Cela n'empêche pas le
Général de demander en mariage toutes les filles
au-dessus de 15 ans même de penser à épouser
Madame Blidot, lui promettant " des robes à queue pour aller
à la cour ! ") Le Général d'Alban finit par
quitter le service et après avoir chassé les
Futé-Castelsot achète leur château pour 600000
francs. Il se comporte d'ailleurs en maître de maison chez sa
sur, son beau-frère d'Orvillet, encore un type de
père absent étant "aux eaux " dans les
Pyrénées. Il redonne à Castelsot ancienne
propriété de son ami le Duc de la Folotte, ruiné
par Futé son nom de Valjoli. Il finit tout de même par
épouser une jeune veuve et a deux enfants, Pierre et Paul.
On trouve même un Colonel Duguesclin, ami de M. Georgey et
colonel du régiment de "pétite Juliènne ", ce
dernier l'ayant lui aussi sauvé des Arabes "en sabrant de
droite et de gauche ".
Moutier est le bon zouave qui recueille les petits Paul et Jacques (L'Auberge de l'Ange Gardien) et les confie à Mme Blidot et à Elfy. Il a sauvé le Général à Sébastopol et le sauve à nouveau des griffes des Bournier, les sinistres aubergistes. C'est Méthol, domestique ou secrétaire de Gaston qui sera le modèle de Moutier. Il était né à Barcus, au Pays Basque, et le nom du village sera le nom du maître d'hôtel, "crème des Basques de Jean qui Grogne et Jean qui Rit.
Dérigny est à part dans cette catégorie, car il a déserté, s'enfuyant pour rester avec sa femme et ses enfants, avant d'être repris par les gendarmes. Malgré cette désertion, Sophie lui pardonne, car c'était par amour conjugal et surtout paternel qu'il l'a fait.
Les Gendarmes et les Sergents de Ville. On trouve des gendarmes assez souvent dans les livres de la comtesse, aussi souvent que l'on y trouve des malfaiteurs. Ils n'hésitent pas à serrer la main d'un forçat repenti (Comédies et Proverbes). Le brigadier, Monsieur Bourget (La Soeur de Gribouille) : Gribouille lui sauve la vie en sacrifiant la sienne et en plus il épouse sa sur, la parfaite Caroline Thibaut.
Les gendarmes sont, avec les curés - tout aussi présents chez Sophie - les seuls personnages toujours parfaits. Dans l'univers de Sophie, c'est bien naturel car ils représentent la morale et l'ordre public. Moutier qui obtient de bons renseignements sur Mme Blidot de la part du curé déclare : " ...un bon curé c'est toujours trop bon ; ça dit du bien de tout le monde : ça croirait pécher en disant du mal... ". On est loin des tourments de l'Abbé Mouret ou du rire épais et des affligeants jeux de mots de l'Abbé Bournissien de Madame Bovary.
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