Publié en 1865 et illustré de 70 vignettes par Horace Castelli, ce récit est dédicacé à Marie-Thérèse de Ségur, fille d'Anatole et de Cécile Cuvelier.
Il décrit l'ascension pour l'un et la chute pour l'autre
de deux enfants qui sont bien différents l'un de l'autre comme
l'indique le titre et comme le montre aussi l'illustration
ci-dessous.
Âgés d'à peine quatorze ans ils doivent quitter
leur Bretagne natale à pied pour se rendre à Paris
où Simon, le demi-frère aîné de Jean (qui
rit) leur procurera du travail.
Leur voyage devait durer un mois. Peut-être aurions nous
eu un superbe récit picaresque ou un autre Tour de France
de Deux Enfants, mais grâce à d'opportunes
rencontres le voyage ne dure que quelques jours. On peut le
regretter!
Et pourtant le début du récit du voyage rappelle le
début de Gil Blas de Santillane. En effet, voilà
deux enfants partis de leur lointaine province pour chercher fortune
dans la grande ville. Gil Blas lui quitte Orviédo pour aller
chercher fortune à Peñaflor.
Les deux petits Bretons vont à pied mais le jeune Espagnol est
à dos de mule comme il sied au neveu d'un curé.
Les deux "Jean" ont un léger viatique (une fois le partage
fait, huit francs 25 centimes chacun!).
Les enfants comptent leur "fortune" sur le bord de la route, et Gil
Blas ne se lasse pas de compter et de recompter ses ducats.
C'est alors que frappe le destin: un voleur se présente devant
nos voyageurs
Gil Blas se débarrasse du sien en lui jetant quelques
réaux et cette rencontre ne lui fait pas tirer "un augure bien
favorable pour (son) voyage".
C'est là que s'arrête le semblant du roman picaresque
pour les petits Bretons, car leur voleur est un faux voleur qui
comblera Jean (qui rit) et son frère Simon de bienfaits.
"Monsieur le Voleur", qui devient "Monsieur Abel" est en fait un
célèbre peintre "Monsieur Abel N." dit la Comtesse.
C'est un homme fortuné, qui s'attache autant à Jean
qu'il rejette Jeannot. Il serait sans doute meilleur encore s'il
n'avait un penchant trop prononcé pour les farces d'un
goût douteux.
Il nous donne même une belle leçon de danse. "M. Abel
faisait des entrechats, des pirouettes, des pas mouchetés, des
pas de Zéphyr, des pas de Basque..."
Le Dictionnaire Français Illustré et
Encyclopédie Universelle de B.-Dupiney de Vorepierre
(1868) nous dit qu'un "pas de zéphyr" est "un pas qui se fait
en se tenant sur un pied et en balançant l'autre en avant et
en arrière".
Il est malheureusement muet sur les pas de Basque et les pas
mouchetés. Peut-être les pas de Basque étaient
ils très rapide, les Basques ayant à l'époque la
réputation de marcher très vite?. Nous attendons des
précisions de la part de visiteurs connaissant ces termes.
Spécialiste des "tableaux de genre" représentant des
scènes de la vie quotidienne, M. Abel expose au "salon " et a
un grand succès. A Paris il loge à l'Hôtel
Meurice, Rue de Rivoli et l'établissement existe toujours
comme on le voit ici.
L'Hôtel Meurice aujourd'hui
L'autre rencontre c'est celle du fermier Kersac, homme fruste mais bon. Il vient en aide non seulement à Jean - Jeannot se rend encore une fois détestable - mais en plus il adopte l'enfant abandonnée recueillie par la mère de Jean et finit par épouser cette dernière, même si, âgée de trente-quatre ans, c'est une vieille femme aux yeux de son fils - mais les parents ne sont-ils pas toujours "vieux" aux yeux de leurs enfants?
La fin est très ségurienne: les bons sont récompensés et les méchants punis: c'est ainsi qu'Oscar Wilde définissait la fiction!
Fond d'écran: page 1 du texte.