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La Comtesse de Segur

LA COMTESSE DE SEGUR Guérisseuse post-mortem ?

 

Le pays breton est riche en guérisseurs de tous poils, vivants, morts ou matérialisés: Statues de Saints calmantes, menhirs hormonothérapiques par frictions ventrales, fontaines décapant les pelades, enfin rebouteurs, sorciers de villages et conseilleurs habituels gavés de digests médicaux ou de prospectus pharmaceutiques.

Dans le lot des morts bénéfiques nous trouvons curieusement Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur née à Saint-Pétersbourg en 1799, enterrée dans le cimetière de Pluneret à quelques kilomètres de Sainte Anne d'Auray, pèlerinage habituel des Bretons, De son vivant. Mme de Ségur séjourna de temps à autre dans le château voisin de Kermadio, fief de son gendre : le député catholique du Morbihan, Fresneau. Elle était la " bonne dame " du pays et délivrait volontiers des conseils médicaux.

 

Qui ne se souvient de ses livres de la Bibliothèque Rose. légèrement rugueux aux doigts, et qui rappellent les cerceaux, jeux de grâce, garçonnets en robes et à protèges-tête semblables aux casques de nos modernes motocyclistes ? Dans ces œuvres -on note son intérêt pour la chose médicale, lorsqu'elle préconise des cataplasmes de chandelle fondue au Bon petit diable, fait respirer du vinaigre ou prescrit " l'eau de Pagliari " pour des syncopes. soit quand elle s'avère orthopédiste dans le traitement progressif de l'infirmité de François le Bossu. Voici d'ailleurs quelques années. à une séance de nos plus savantes sociétés médicales, un distingué spécialiste présenta un nouvel appareil apte à redresser les scolioses.

 

" J'ai déjà vu cet appareil quelque part... " assura un des assistants chevronné, persistant dans ses dires malgré les dénégations du présentateur. Et il revint triomphant à la séance suivante, brandissant un dessin: " J'avais raison, j'ai trouvé la référence, c'est un appareil créé par la Comtesse de Ségur! "

Mme de Ségur mourut d'hémorragie cérébrale après quelques améliorations passagères quelle attribua à l'usage de l'eau de Lourdes. Ultérieurement on enterra près d'elle à Pluneret, son fils Mgr de Ségur, aveugle depuis de longues années. Est-ce pour l'odeur de sainteté qui. parait-il, imprégnait ce noble prélat, dont l'arrivée du corps aurait été accompagnée d'un arc-en-ciel, assure une religieuse, ou bien pour les nobles vertus de sa bonne dame de mère que l'on va prier sur leurs tombes conjointes? On y dépose des ex-voto, plaques de remerciements, de la menue monnaie et même de petites chemises d'enfants, en témoignage des guérisons multiples obtenue, bien qu'ils soient plus particulièrement invoqués pour les maladies des yeux. Les ex-voto sont indifféremment posés sur les deux tombes, mais une main vigilante et pieuse replace sur la tombe du prélat ceux qui sont abandonnés sur celle de Mme de Ségur. De nombreux habitants de Pluneret sont précis : c'est pour la mère que l'on vient, on la connaissait bien dans le pays ; le curé, on ne l'avait jamais vu. D'autres prétendent que ceux qui implorent Mme de Ségur ne savent pas lire et se trompent de tombe...

 

Quoi qu'il en soit, ne discutons pas les vertus de la bonne dame qui égaya notre enfance, et laissons agir ses cures miraculeuses sur ceux qui lui font encore confiance -, et ils sont nombreux, paraît-il. Plus sceptiques sont à quelques kilomètres de Pluneret. les habitants de Locmariaquer qui ne croient plus comme leurs arrières grands-parents à la valeur d'une autre tombe, menhir orné d'une plume d'oie. celle de la suave romancière Zénaïde Fleuriot, de nos jours délaissée par les jeunes filles désireuses de se marier dans l'année. Et dans un sanatorium du département limitrophe, où la streptomycine a tué la foi, les malades ne vont plus comme autrefois implorer et prier la statue d'un paternel Sénateur moustachu de la III° République, fondateur de 1'établissement.

 

Dr DESSE

 

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