Il y a cent ans s'éteignait à Paris Sophie Fedorovna Rostopchine, comtesse de Ségur. Son père, le comte Fedor Vassïlievitch, avait été aide de camp du tsar Paul 1er, grand maréchal de la Cour et ministre des Affaires étrangères, avant de devenir gouverneur de Moscou. C'est à ce titre qu'il fit, dit-on, incendier Moscou au lendemain de l'arrivée des troupes napo-léoniennes (Rostopchine s'en défendit farouchement, notamment dans un ouvrage publié en 1823: La vérité sur l'incendie de Moscou).
Quoi qu'il en soit, le comte vint vivre en France où sa fille épousa Eugène de Ségur et s'installa à L'Aigle, dans l'Orne, au château des Nouettes (qui est devenu un havre pour enfants caractériels). Sophie de Ségur eut une vie sans histoires, et ne prit la plume qu'en 1857 (elle avait alors cinquante-huit ans), sans autre ambition que celle de distraire ses petites-filles. Elle regarda comme un pactole les trois mille francs de droits que ses éditeurs lui allouèrent pour chacun des vingt-quatre livres qu'elle écrivit en douze ans. Trois mille francs qui, bien entendu, excluaient tous droits d'auteur ultérieurs. Ses éditeurs faisaient certes là l'affaire de leur carrière, et la fortune de leurs descen-dants : vingt-sept millions d'exemplaires des ouvrages de "Sophie de Ségur, née Rostopchine" peuplent aujourd'hui les bibliothèques. L'arrière petite-fille de l'auteur, Arlette de Pitray, n'a reçu pour sa part que quelques uvres d'art, les manuscrits des Malheurs de Sophie .et des Deux Nigauds, et une mèche des che-veux de son adorable aïeule. Le fils de Sophie, Louis Gaston de Ségur, fut ordonné prêtre en 1847 et s'adonna à l'apostolat populaire. Devenu aveugle, il se tourna vers la direction spirituelle. Pie IX le nomma protonotaire apostolique en 1856. Il a laissé de nombreux ouvrages de dévotion.
La ville de L'Aigle a dédié une de ses avenues à la Comtesse de Ségur.
(d'après un article publié dans une Revue Médicale en 1974)
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