Lire "Pauvre Blaise" en ligne:
C'est l'histoire d'un petit paysan
de onze ans qui, grâce à sa
piété, parvient à convertir la hautaine famille
de Trémilly dont le père de Blaise est le
concierge. Dès les premières lignes nous voyons la
pauvreté de la famille Anfry : pour son déjeuner Blaise
mange une tartine de pain et de lait caillé. Il
s'inquiète des nouveaux maîtres qui vont arriver,
cherchant à deviner s'ils sont bons ou mauvais. Il a entendu
les domestiques craignant d'être grondés si " Monsieur
Jules " (11 ans lui aussi) ne trouve pas son poney attelé
à sa petite voiture. Montrant une maturité au dessus de
son âge il en conclut que si de " grands garçons " ont
peur d'un petit garçon de onze ans, c'est qu'il leur fait du
mal. Et il n'a pas tort, Jules est odieux et ses parents bien
aveugles! Ce thème de l'aveuglement des parents se retrouve
d'ailleurs souvent dans l'oeuvre de la Comtesse: et si c'était
une mise en garde qu'elle faisait à ses lecteurs
adultes? Jules ne cesse d'être odieux avant sa " conversion ".
L'auteur en profite pour mettre en scène divers animaux. Nous
retiendrons l'épisode de l'éléphant, celui des
sangsues, celui du chat, celui des poulets " Crève-Cur
", " noirs avec une huppe blanche " nous dit la Comtesse de
Ségur. Ces poulets appartiennent à
Hélène, Blaise les a soignés, mais Jules,
faisant semblant de croire que Blaise les a volés les jette
dans la mare. Il s'agit en fait de poulet de la race originaire de
Crèvecoeur en Auge dans le Calvados. Peut-être y en
avait-il dans la basse cour de la ferme des Nouettes ? En tous cas
cette race, fort à la mode au XIX° siècle semble
avoir à peu près disparu. C'est ce bon sens qu'il montrera tout le long de l'ouvrage,
finissant par convertir d'abord Hélène, la fille du
Comte, puis Jules et son père et enfin Mme de Trémilly,
celle qui résiste le plus longtemps " au charisme " dirait-on
aujourd'hui du " Pauvre Blaise ". Dans cette conversion du Comte et
de Jules, la Providence joue un rôle capital en envoyant la
maladie à Jules. " En proie à une fièvre
violente " celui-ci délire et avoue tous les mensonges qu'il a
proférés et toutes les misères qu'il a faites
à Blaise. Blaise porte un costume offert par le comte, mais, selon sa
volonté expresse, moins beau que celui que porte Jules. qui
déclare: "Oh non! Monsieur le Comte, pas pareil, pas si beau!
ce se serait pas bien voyez vous. Le serviteur ne doit pas se
vêtir comme le maître..." Nous n'avons pas encore trouvé d'image
représentant un costume de première communion pour un
garçon de l'époque. Nous avons seulement
découvert cette image de mode de 1859 (qui pourrait être
l'année de la première communion de Camille
de Malaret?) [Il s'agit d'une robe d'organdi
blanche à double jupe; la deuxième jupe est garnie de
chaque côté de trois bouillons de mousseline, dans le
milieu desquels peut passer un ruban de satin blanc, et, si on veut
établir cette robe pour jeune fille dans d'autres
circonstances, on mettra du satin bleu ou rose, ainsi que dans les
bouillons de la pèlerine qui se pose sur le corsage; cette
pèlerine est garnie d'un petit volant uni, bordée de
dentelle très-basse. Le corsage est montant à plis
suissesse et garni d'une dentelle ou d'une bande pareille à
celle du volant. Manches bouffantes, fermées au poignet,
lequel est orné d'un double revers en mousseline comme ceux de
la pèlerine. Voile de mousseline des
Indes.] Le livre peut parfois être agaçant par l'abondance
des larmes versées, par la piété qui peut
sembler excessive de l'enfant, par la soumission aux "
supérieurs ". Aujourd'hui pourrait-on imaginer que Blaise épouse
Hélène? Peut-être pas, mais à
l'époque une telle mésalliance n'était
même pas concevable bien sûr. La conclusion est le bonheur pour tous après ces
péripéties. Blaise deviendra l'homme de confiance du
Comte de Trémilly, mais " jamais il ne perdit le respect qu'il
devait à ses maîtres ". A vingt-huit ans il
épouse la petite nièce du curé et comme elle lui
apporte une dot de trente mille francs, que le Comte offre quarante
mille francs à Blaise ainsi qu'une jolie maison dans le
village et que la Comtesse de Tremilly meuble la maison et offre des
robes pour les " fêtes et dimanches " à la jeune
mariée, Blaise est bien récompensé en ce monde
comme il le sera - en doutions nous ? - dans l'autre. Pourrions-nous ajouter que c'est Pauvre
Blaise que lit Carmen Cru dans l'Album de Lelong
"Rencontres du Troisième Âge" (Fluide Glacial) ? Faites nous part de vos critiques et
suggestions : 
L'entrée du
château (Horace Castelli, Bibliothèque Rose,
Hachette)
Voyez dans cette illustration
de Horace Castelli toute la laideur de l'âme de Jules - avant
sa conversion - reflétée dans son visage. Le Pauvre
Blaise aura du travail.
Les "Crèvecoeur" (Magasin
Pittoresque 1860)
Les deux enfants feront leur première communion ensemble. Le
comte offre un bibliothèque de cent volumes à
Blaise, ainsi qu'une médaille en or de la sainte Vierge
"bénie par un saint prélat qui est devenu subitement
aveugle". Il est évident que la Comtesse pense à son
fils Gaston, Mgr de
Ségur.![]()
Écrivez
à Joel Bagage